Dès qu’il utilise le quart de la moitié de ses facultés intellectuelles, n’importe quel français moyen peut le voir : la télévision ne dit pas la vérité. Pas toute la vérité, quelquefois. Une vérité déformée, souvent. Parfois même elle ment totalement.
Elle utilise pour cela toute la palette de ce qu’elle peut proposer comme émissions diverses, à commencer par la publicité (oui, vu le nombre d’heures qu’elle occupe, on peut maintenant la considérer comme une émission), les émissions dites de divertissement et même les programmes de “grands” reportage dont les journalistes s’aventurent pourtant plus souvent à interviewer les humoristes à la mode dans leurs hôtels parisiens qu’à arpenter le fond de l’Irak pour y témoigner des exactions des GIs.
Mais là où l’on atteint le summum du mensonge pernicieux, à l’instar des images subliminales, c’est dans les journaux télévisés. Démonstration.
Le pouvoir des mots et de l’image, associés consciencieusement (au sens propre) et intelligemment, est redoutable, on le sait. Pour nous rendre compte à quel point cela se convertit parfois en pure manipulation politique, décortiquons, à la manière de l’excellent site Acrimed, un extrait du journal de 20 h sur France 2, le 2 avril dernier.
Notre brave David Pujadas, après quelques bonnes nouvelles sur la santé de la démocratie mondiale (super, les cubains vont avoir le droit d’acheter les téléviseurs au prix de deux ans de salaire !), nous annonce que le gouvernement a trouvé le moyen d’économiser 6 à 7 milliards d’euros l’an prochain.
Première remarque : dressez l’oreille tant que vous pourrez, jamais vous n’entendrez les mots rigueur ni austérité, bannis par la volonté présidentielle pour ne pas faire de la peine aux gens.
Le détail des ces mesures, destinées à combler en partie les 15 milliards de cadeaux fiscaux octroyés aux plus riches d’entre nous, fait froid dans le dos : ces économies se feront dans les domaines de la santé, du logement et de l’emploi, puis par le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux. Souvenez-vous, nous sommes en 2008, la santé n’a jamais été aussi chère et devient inaccessible pour beaucoup, la crise du logement atteint des records et le nombre de salariés en CDI à temps plein est devenu si ridicule que il vaut effectivement mieux parler de chômage que d’emploi. Quand aux fonctionnaires, ils ne sont que la partie visible de l’iceberg de la déstructuration du service public.
Revenons sur la forme. Pujadas nous annonce un reportage sur la formation professionnelle, où se dépense chaque année 25 milliards d’euros.
Notez : Toujours commencer avec l’annonce d’une somme énorme, ça impressionne.
Voici maintenant comment le journaliste décrit la formation professionnelle : “Un système opaque et trop complexe selon un rapport qui sera mis (sic) demain et qui préconise plus d’efficacité.”
Analysons :
Un système opaque : Des choses vous sont cachées, donc elles ne doivent pas être avouables. Prudence et suspicion sont donc de mise.
trop complexe : C’est pas que vous soyez cons, mais vous n’y comprendrez rien. L’administration, c’est bien connu, prend plaisir à complexifier la vie des usagers, alors que le gouvernement essaie de la simplifier (remarquez, c’est pas faux, “Dehors les étrangers” c’est facile à comprendre).
selon un rapport : Lequel ? écrit par qui ? après quelle étude ? On n’en sait rien, mais c’est un rapport et ça se respecte, quel qu’il soit. Où l’on retrouve l’acceptation d’une caste supérieurement intellectuelle qui pense pour nous et qui parfois nous fait l’honneur d’écrire un rapport pour nous livrer les conclusions auxquelles nous devrons nous plier.
qui préconise plus d’efficacité : Surprise ! être efficace, c’est bien. Lancer l’argent par les fenêtres, c’est mal. Vos parents ne vous ont rien appris ?
Enfin, cerise sur le gâteau, observez l’image derrière le présentateur. Le titre du reportage : Formation : le Gaspillage ?
Et voilà le travail : vous n’avez pas encore vu le reportage, vous ne connaissez ni son contenu, ni celui du fameux rapport et en 2 secondes chrono votre idée est faite : il faut économiser de l’argent sur la formation professionnelle, puisque il est évident que le système est dispendieux et inefficace.
Je ne suis pas un prosélyte de l’extrémisme ou un fervent “crieur au loup”, mais je suis sûr que Goebbels aurait adoré. Restons vigilants si nous souhaitons conserver un peu de liberté de penser par nous-mêmes : pour cette escroquerie intellectuelle que j’ai perçue, combien m’ont échappé ?
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