Consultation « gratuite » ?

Publié: 26 mars 2008 par astringues dans Education, Société
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Programmes de l’éducation NationaleNotre président l’a annoncé, le ministre de l’éducation nationale y a planché : ça y est, les nouveaux programmes pour l’école sont sortis. Et maintenant, fini la rigolade des post-soixante-huitards qui fabriquaient 15% d’illettrés à la fin du CM2, on revient aux bonnes vielles valeurs des années cinquante et antérieures (qui elles produisaient 25% de redoublement en CP, voir mon post à ce sujet).

Consultation obligatoire

Seulement voilà : ces post-soixante-huitards d’enseignants n’ont pas la culture du petit doigt sur la couture.

C’est une de leurs nombreuses tares, ils s’imaginent que leur avis a une importance quelconque. Ils pensent connaître leur métier mieux que les théoriciens qui décident dans les hautes instance ministérielles. Ils estiment qu’ils devraient être associés à un processus qui doit modifier leur pratique professionnelle pour les années à venir. Ils croient même être en mesure de critiquer les documents qu’ont leur propose voire, pour quelques dangereux activistes, faire de contre-propositions réfléchies.

Alors on va les consulter.

Consultation gratuite

Voilà comment ça se passe, une consultation des enseignants pour-qu’ils-ne-puissent-plus-la-ramener-après :

Dans un premier temps, on précise le calendrier et les modalités : tout le monde doit avoir donné son avis pour le 29 mars, trois heures seront libérées pour cela ce jour-là mais, selon les départements la réflexion des enseignants sur les programmes peut (ou non) avoir lieu à un autre moment.

Notons au passage la même démarche de concertation de notre gouvernement avec ses partenaires en général : le 29 mars était la date prévue depuis des mois pour le carnaval des 75 écoles d’Orléans. Faute d’élèves ce jour-là, l’événement a dû être déplacé, comme probablement bien d’autres dans d’autres communes.

Revenons à notre consultation : les programmes sont publié le 20 février, sous la forme d’un B.O. (Bulletin Officiel de l’éducation nationale). Bien sûr, beaucoup d’eau coule sous les préaux avant que les enseignants sachent où télécharger ces 34 pages (Ah bon, on ne l’envoie pas en format papier ? Pourtant en début d’année le président n’avait pas hésité à dépenser 500 000 € pour nous envoyer une lettre ? ça devait être plus important que les programmes qui sauveront nos chères têtes blondes de l’échec scolaire.)

Bon admettons que les enseignants aient réussi à obtenir le document, le lire, s’effarer de constater que c’est travailler moins pour enseigner plus (C’est possible ? Je ne vois pas comment…). Ils passent leur trois heures dans chaque école, rédigent un document pré-établi en donnant leur opinion et envoient tout ça à la circonscription (pour les non spécialiste, c’est un regroupement administratif et pédagogique d’une cinquantaine d’écoles).

C’est là où le projet commence à prendre saveur : recevant ces cinquante documents, deux ou trois Conseillers Pédagogiques vont les transformer en… une synthèse d’une dizaine de lignes. Ensuite elle sera envoyée, sous le nom de l’Inspecteur de la circonscription, au département où, de super Conseillers feront une synthèse des synthèses. Ensuite elle sera également envoyée au Ministère où de super-super Conseillers feront une synthèse des synthèses des synthèses.

Et tout ça finira tranquillement avec un post-it sur le bureau du Ministre, disant peu ou prou : c’est bon, on peut y aller.

Mais le meilleur reste à venir !

On s’en souvient, les programmes ont été publié le 20 février. Or, surprise : l’éditeur de manuels scolaires Hachette a sorti la nouvelle édition de son livre de français de CM2, comprenant toutes les ajouts des nouveaux programmes, le… 13 février dernier !

Alors, visionnaires les éditeurs ? Joueurs de poker tablant sur l’assentiment des enseignants aux propositions du ministère ? Quand on connait la durée de vie d’un manuel dans une école (plusieurs années), on doute de la prise inconsidérée d’un risque de se trouver hors programmes en quelques semaines.

En fait, l’histoire et sa fin sont déjà écrites, et certains le savent depuis longtemps. Dans d’autres domaines, on appelle ça un délit d’initié.

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commentaires
  1. tar jean dit :

    Ça fait plus de 20 ans que je suis dans l’éducation nationale, je retrouve dans ces « nouveaux » programmes le vocabulaire et les objectifs des années 60… La méthode de fausse réflexion de la base bêlante a déjà porté ses fruits, la trique et le fouet sont de retour. Un fonctionnaire (qui coûte si cher à la collectivité) ça ferme sa gueule ou ça démissionne !

  2. Mathieu Tobie dit :

    Etant un tout jeune enseignant qui a besoin de faire quelques économies, quelle ne fut pas ma joie à l’annonce de ces nouveaux programmes.

    En effet, ma grand-mère m’a offert la semaine dernière le tout dernier manuel des nouveaux programmes : les cours de morale datant de 1898.
    Enseignants, soyez économes, fouillez vos greniers, vous y trouverez l’avant-garde de la pédagogie !

    Quand on y réfléchit, c’est de développement durable dont on nous parle : recycler les manuels plutôt que de gaspiller l’argent du contribuable avec d’inutiles bouquins utilisant des méthodes archaïques.

    La modernité, ça ne se crée pas, ça se recycle !

  3. […] fait semblant de consulter les enseignants sur les nouveaux programmes de 2008 (j’en parlais dans ce post), voilà que nos énarques en poste rue de Grenelle (ça ne s’invente pas !) en remettent une […]

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