La source, terre d’accueil ?

Publié: 14 décembre 2010 par astringues dans Orléans, Société
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Préférence nationale ?

On pourrait se poser la question à la vue de ce panonceau affiché à l’entrée d’un immeuble de la dalle, et découvert par hasard en traversant ce lieu toujours accueillant en hiver. Les mains dans les poches, le cou enfoncé dans mon manteau, mon regard a été quand même attiré par cet écrit, et notamment par l’indication du mot « étranger« .

 

Je me suis donc arrêté un instant pour lire l’ensemble du texte et l’ai trouvé fort intéressant.

Déjà le nom du lieu inspire : « Bois de la Source« , au milieu d’une forêt de béton,  il fallait y penser. Si le quartier de La Source se caractérise par sa diversité, tant immobilière qu’humaine, la dalle en est bien l’endroit qui a vécu le plus longtemps sans voir un arbre, et dont la seule manifestation de la nature est le gel qui la transforme en patinoire tous les hivers.

Et puis ce texte magnifique : « L’accès LIBRE aux étrangers (…) est INTERDIT ».

Notez la typographie, toujours symbolique : l’interdit est en majuscules pour en affirmer le caractère péremptoire, la liberté est elle en majuscules et en italique pour bien préciser que c’est cette dernière qui est interdite. Comment ? On interdit la liberté ? Quel drôle de concept, ça frôle l’oxymore, tout ça.

Mais rassurons-nous, tout le monde n’est pas à la même enseigne, ce ne sont que les étrangers dont on interdit la liberté.

Au fait, dans un quartier où la population d’origine maghrébine est majoritaire, c’est quoi un étranger ? Mon dictionnaire favori m’indique que depuis 1369, c’est le caractère de celui qui n’est pas du pays. Fichtre ! On ne trouverait que des blondinets aux yeux bleus dans cet immeuble ? J’en doute un peu.

Mais continuons notre exploration sémantique : l’étranger est celui qui est étrange. L’étymologie nous apporte là des lumières intéressantes : une définition classique indique que cela correspond à quelqu’un « du dehors, extérieur ; qui n’est pas de la famille, du pays » où l’on retrouve ce sentiment communautaire exclusif (au sens de ce qui exclut) familier de tous les Dupont-Lajoie et de leurs soutiens médiatiques et politiques.

En remontant les âges, on trouve cette notion dans Molière, qui a cette fois le sens de « bizarre, singulier« . Là encore, on sent bien la notion de différence qui fleure bon le repli sur soi, la peur de l’autre, l’insécurité au sens propre, bref, la machine électorale UMP.

Pour Benoit de Sainte-Maure (écrivain en langue romane du XIIème siècle) en revanche, ce qui est étrange est « hors du commun, extraordinaire« . La notion prend du coup un côté positif qui semble avoir disparu avec les siècles, ce qui me fait une fois de plus douter de la progression de la tolérance dans nos sociétés judéo-chrétiennes. Je garderai cependant une lueur d’espoir en relisant Saint-Exupéry : « Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m’enrichis. » (Citadelle, 1948).

En tous cas, si l’accès aux immeubles leur est interdit, il ne faut pas s’étonner ensuite, n’en déplaise à Mme Le Pen, que certains soient obligés de prier dans la rue ?

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commentaires
  1. regis reguigne dit :

    SVP , ne tombez ni dans la facilité , ni dans la transformation des faits . L’ étranger , dans le cas qui vous motive , n’ est pas la personne de nationalité autre que Française ; l’ affichage incriminé ne vise que les non-résidents dans l’ immeuble et , la pratique de ce type de message est courante , partout . D’ ailleurs , à La Source , les habitants sont ravis d’ avoir vu installer des digicodes à l’ entrée de leurs immeubes, tout comme des clôtures , cela dans le cadre du GPV et des rénovations qui vont avec . Enfin , de la sorte , les halls d’ immeubles sont peut-être un peu moins « squattés  » et plus libres de passage pour …les habitants de ces immeubles . Non ?

    • astringues dit :

      Ne négligez pas la mesure du second degré compris dans mon article.
      Le panonceau en question, par son libellé, m’a servi d’accroche pour tenir des propos incitant à la tolérance, sauf envers le racisme.
      Quant aux grilles du GPV que vous mentionnez, elles ont probablement fait perdre en lien social ce qu’elle ont fait gagner en sécurité. C’est une photographie assez représentative de l’évolution de notre société.

  2. Miguel dit :

    Le mal vient d’ailleurs. On l’a dit aux sombres heures de l’Histoire. On le dit aujourd’hui dans ces résidences. ça fait peur !

  3. dame Lepion dit :

    Clôtures, digicodes, interdictions… de bien jolis mots pour vivre ensemble, Monsieur Reguigne. Il n’y a bien qu’Astringues pour « transformer les faits » et se soucier d’un lien social dont nous n’avons que faire…

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