Ce que la télé devrait savoir de twitter

Publié: 22 octobre 2013 par astringues dans Médias, numérique
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Depuis quelques temps déjà l’idée d’écrire sur la relation entre ceux qui font la télévision et les réseaux sociaux m’interpellait. Et puis je suis tombé sur le supplément télé du Nouvel Obs du 12 au 25 octobre, avec ce titre : « Enquête : la télé face aux réseaux sociaux ». Diantre ! me suis-je dit, la presse traditionnelle m’aurait-elle coupé l’herbe sous le pied et devancé mes velléités critiques ?

obs_tv

Que nenni ! La fameuse « enquête » tient en une page (illustrations enlevées) et n’aborde qu’un seul point des difficiles relations entre les médias :  le tweetbashing.

Un décalage temporel

Je reviendrai sur la critique de l’article plus bas, mais il me semble que la télévision souffre aujourd’hui d’un décalage temporel, qui met en pièces l’avantage qu’elle a construit au cours de l’histoire des médias, notamment sur la presse papier. Fini le temps des breaking news du JT de 20h, que vous ne liriez que le lendemain dans les journaux (voir le surlendemain selon l’heure du bouclage). En 2013, le temps de la conf’ de rédac’ et de la décision, l’info a déjà fait le tour du monde via internet et les réseaux sociaux !

L’exemple Léonarda

L’événement tragique et complexe de l’expulsion de cette kosovare de 15 ans en pleine sortie scolaire a clairement mis en exergue ce TVlag. Les faits ont eu lieu le 9 octobre et Twitter, via un certain nombre de relais a évoqué le sujet dès le début de la semaine suivant. Je fais moi-même suivre l’info dès le 14 octobre :

À ce moment, les comptes twitter conventionnels (@franceinfo, @liberation_info ou encore @lemondefr)  n’ont pas encore réagi mais ça ne va pas tarder. Les comptes de particuliers par contre s’enflamment et le trending topic (comprendre : sujet en vogue) monte en flèche.

Qu’en est-il des journaux télévisés ? L’info n’arrivera que deux à trois jours plus tard selon les chaînes, les politiques se sentiront obligé de réagir le week-end suivant puisque « c’est passé à la télé » et on n’évoquera plus que cela… une fois la collégienne expulsée.

Le goût des mèmes

Autre exemple, les émissions de divertissement qui recyclent des contenus amusants pêchés sur le web : ça fait branché et en plus ça coûte pas cher. Notamment les « mème« , tel dernièrement ce jeune homme faisant une déclaration d’amour en passant sa main sur le visage, ou encore l’excellent People dying like Marion Cotillard. De deux choses l’une : soit le téléspectateur est internaute, et il l’a déjà vu, soit il s’en moque voire n’en comprend pas l’intérêt. Dans les deux cas c’est inutile.

Au delà du fond, il est clair que la télévision a clairement montré qu’elle ne pouvait rivaliser sur le terrain de la rapidité avec internet d’une part, Twitter de l’autre. Il est temps qu’elle fasse sont aggiornamento et retrouve une place qui lui convienne. Puisqu’elle ne peut plus lutter en vitesse, peut-on envisager qu’elle le fasse en profondeur, à l’instar d’un news magazine par rapport à un quotidien ?

Il faudrait pour ça une réflexion et une analyse pour lesquelles la télévision n’a pas encore montré beaucoup d’appétence…

Mais revenons à l’article de l’Obs.

De douloureuses questions d’égo

L’essentiel de l’article de Véronique Groussard (que je ne connais absolument pas et donc contre qui je n’ai rien) consiste à évoquer les difficiles moment vécus par des journalistes ou animateurs de télévision, eux-mêmes ou leur émission ayant été pris pour cible par quelques tweets assassins. On y cite dans le rôle des victimes Sophia Aram, Laurence Ferrari ou Bruce Toussaint à qui la twittosphère aurait fait vivre un enfer, ce dernier déclarant d’ailleurs :

« La rage de twitter, c’est terrible »

Et l’article de décrire les commentaires sur twitter (pas un mot de Facebook ou Google+, d’ailleurs) avec un vocabulaire d’une rare modération : on y  parle de lynchage, de haine, de violence, de mitraille, des jeux du cirque, d’hystérie… Brrr ! Twitter serait-il un repaire de dangereux psychopathes dont le seul but est d’agresser les stars télé ? Bon, j’admets que ça doit les changer de leur participation à Vivement Dimanche, mais quand même ?

En fait, et alors que l’article minimise avec raison la réelle portée de ce bashing (moins de 5000 tweets pour l’émission de Sophia Aram, pas le public conventionnel de la télévision), cette soit-disant violence affecte surtout l’égo de nos stars du petit écran. Si un Live Tweet très défavorable n’a que peu d’importance pour le devenir d’une émission, il en a énormément pour l’orgueil de ceux qui présentent, les mêmes qui surveillent quotidiennement leurs nombre de followers et de mentions, des fois que le statut d' »Influent » leur permette de négocier un prochain contrat.

Erreur d’analyse

Si l’analyse sur la portée des tweets est juste, celle sur son origine est complètement erronée. Selon l’article en effet, ces commentaires négatifs viendraient du « milieu médiatico-politico-parisen » (on croirait entendre du JF Copé) ou des 15-24 qui « se lâchent ».

Difficile de croire que quand sur une émission populaire d’une heure, plus de 250 000 tweets sont envoyés, cela représente uniquement des bobos ou l’establishment, ou encore les d’jeuns derrière leur portable. D’ailleurs, contrairement aux idées reçues, la tranche d’âge la plus représentée sur Twitter est les plus de 55 ans (1,4 millions) devant les fameux 15-24 (source).

Espace de liberté uniquement négatif ?

Les guignols de Canal +, qui présentent la télévision comme l’ancêtre d’internet, ont tout faux. Et pour cause, les réseaux sociaux ont cet avantage énorme de l’interactivité et de la liberté d’expression (avec les limites et les risques que ça comporte). Et puis c’est faire peu de cas du côté positif de ce média, et de sa capacité à faire le buzz dont la même télévision est très friande.

On assiste en fait à la mort lente et programmée d’un business model à l’ancienne, dont beaucoup de domaines économiques ont du mal à faire le deuil, à l’instar de l’édition numérique par exemple. Comment comprendre que les frais d’impression et de librairie, qui composent 53% du prix d’un livre et qui n’existent pas en version numérique ne permettent que 25% de réduction sur le prix d’achat.

Il reste bien du travail avant que notre société entre dans l’ère du numérique. C’est peut-être une opportunité pour l’école, encore faut-il qu’elle s’en saisisse.

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