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Depuis cette année, le numérique est officiellement au cœur des préoccupations de l’éducation nationale en France, à grand renfort de communication ministérielle et d’avis divergents sur la forme que cette évolution doit prendre.

337px-IPad_2_in_dockL’intention de faire coïncider les pratiques de l’école avec les réalités de son temps, notamment en matière d’évolution technologique, n’est pas neuve ni récente. Du plan informatique pour tous en 1985 au rapports Fourgous 2010 et 2012, les autorités éducatives on souvent tenté d’apporter des réponses scolaires à l’apparition de nouveaux outils. Notons au passage qu’il s’est toujours beaucoup plus agit de rattraper le retard de l’école sur la société, plutôt que d’anticiper ses développements et surtout, c’est l’objet de cette contribution, d’apporter des réponses matérielles plutôt que pédagogiques ou éducatives.

Des plans et des outils

Il y a quelques années encore, l’informatique des écoles ressemblait à une salle dédiée avec une dizaines de postes reliés en réseau local, ou à quelques ordinateurs en fond de classe (il paraît qu’aujourd’hui on doit dire en cœur de classe, toujours la primauté de la forme sur le fond). Depuis, les évolutions technologiques se sont succédées à mesure que le marché de l’éducation devenait lucratif pour les constructeurs de matériel : classes mobiles, tableaux numériques interactifs, espaces numériques de travail et aujourd’hui tablettes, chacun étant à son tour paré des vertus de la panacée universelle qui allait, cette fois c’était la bonne, faire entrer l’école dans son siècle et transformer chaque chère tête blonde, black ou beur en geek hyper-compétent.

Sauf que…

L’esprit et le temps du pédagogue ne sont pas ceux du décideur

Le cruel fossé qui sépare les utilisateurs des technologies des décideurs qui impulsent les politiques ou acquièrent le matériel montre une nouvelle fois sa prégnance.

Flashback n°1 : Ludovia, août 2012 (pour les non initiés, il s’agit de l’université d’été du numérique éducatif) j’entends au cours d’une table ronde Serge Tisseron (dont je n’oserai par ailleurs ni critiquer ni évaluer le travail) évoquer l’utilité de la tablette en classe par le plaisir du toucher que l’élève a à manipuler l’objet et qui lui remémore inévitablement la construction du schéma corporel du petit enfant.

Flashback n°2 : Salon Educatice, novembre 2012, un représentant d’un fabriquant de TNI avec qui je travaille depuis plusieurs années me montre leur nouveauté de l’année : l’application pour tablette qui permet de piloter le tableau du fond de la classe. Quand je le questionne sur l’utilité du dispositif (le tableau interactif a un usage collectif et frontal, c’est une de ses limites), il me répond :

Aujourd’hui si tu n’es pas présent sur le marché des tablettes, tu ne vends plus rien.

Deux exemples flagrants qui corroborent le fait que l’engouement pour les nouvelles technologies ne tient absolument pas compte des réalités pédagogiques. Avec quelle gourmandise entendait-on le mot Ipâââd dans la bouche de personnes sensées éclairer ou orienter les pratiques des enseignants, notamment à la DGSECO !

À quel moment s’est-on questionné sur les pratiques à associer à ces matériels, sur les usages à développer pour en tirer la quintessence, sur la nécessaire formation des enseignants à faire évoluer leur pédagogie pour profiter des nouvelles opportunités générées ? Quand a-t-on évalué la pertinence et l’efficience des investissements réalisés ? La dotation massive des écoles britanniques en TNI n’a jamais été traduite par une réduction de l’échec scolaire, par exemple, même si elle a fait évoluer, souvent par autoformation, les pratiques de classe des enseignants.

Et le numérique alors ?

Cette fascination pour l’objet technologique qui brille est en train de nous faire rater le virage numérique, amorcé depuis quelques années déjà et que certains comparent à une nouvelle révolution industrielle, c’est-à-dire une évolution majeure qui transforme à jamais le visage de nos sociétés. Nous sommes loin du gadget ou de l’objet, c’est notre monde dans son essence qui est modifié par le numérique et qu’on le souhaite ou non, il y aura un avant et un après et, contrairement à un roman de Murakami, il ne s’agit pas d’un monde parallèle au nôtre qu’on peut choisir de parcourir ou non.

À force de se focaliser sur de fausses problématiques, le monde de l’éducation manque complètement l’occasion de se projeter dans le contemporain, d’en envisager les problématiques d’éducation (en attendant une souhaitable disparition, le domaine 2 du B2i n’a jamais été autant d’actualité), de profiter de nouvelles possibilités de ressources en particulier collaboratives (quid des MOOC ?) voir de sortir d’un modèle propriétaire et fermé sooooo XXème siècle pour utiliser l’immatérialité avec efficacité.

Nous reproduisons en fait l’attitude des éditeurs de manuels scolaires qui, à force de faire du lobbying pour protéger un modèle économique caduc, ont complètement échoué dans le passage au numérique. Reste à espérer que la prise de conscience viendra avant la prochaine révolution, sinon nous en serons quittes pour attendre le plan numérique pour tous 2016.

N.B. Le titre fait évidemment référence au film « L’arbre, le maire et la médiathèque« 

Et pour plaisanter sur le sujet, ma parodie du film « La chute » :

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